Miró à l'infini
La divulgation la plus forte se fait grâce aux œuvres graphiques. Et ça j'y tiens. Je ne sais combien j'ai réalisé de gravures […]Joan Miró, Ceci est la couleur de mes rêves, entretiens avec Georges Raillard, 1977
À Majorque, Joan Miró dispose également d'un atelier consacré à la gravure et à la lithographie, témoignant de l'importance croissante qu'il accorde aux œuvres multiples dans les dernières décennies de sa carrière. L'estampe devient pour lui un véritable terrain d'expérimentation où le geste, la matière et la spontanéité du trait peuvent être sans cesse renouvelés. Libéré des contraintes de l'œuvre unique, Miró explore les possibilités offertes par la répétition, la variation et la diffusion de l'image.
La série monumentale Els Gossos (« Les Chiens »), composée de sept grandes œuvres graphiques numérotées de II à VIII, illustre pleinement cette période de maturité. Le thème animal, présent depuis longtemps dans son univers, y apparaît sous une forme nouvelle, plus libre et plus radicale. D'une feuille à l'autre, Miró fait évoluer ses figures entre reconnaissance et abstraction, multipliant les transformations plastiques. Les silhouettes animales deviennent des présences mouvantes, tantôt ludiques, tantôt inquiétantes, où se mêlent énergie primitive, humour et ironie.
À travers ces variations, l'artiste cherche moins à représenter l'animal qu'à en saisir la force instinctive et poétique. Les larges gestes noirs, les éclats de couleur et les formes simplifiées témoignent d'une écriture devenue extrêmement libre, où chaque composition semble naître d'un équilibre fragile entre maîtrise et spontanéité.
Ces œuvres constituent les étapes préparatoires à l'édition d'une série de gravures à l'aquatinte publiée en 1979 par Adrien Maeght, tirée à trente exemplaires. Leur présentation permet d'entrer au cœur du processus créatif de Miró, depuis les recherches initiales jusqu'à l'œuvre imprimée.
L'ensemble est enrichi par des gravures sur parchemin ainsi que par un livre-objet, soulignant la diversité des supports. Pour Miró, les multiples ne constituent pas des œuvres secondaires : ils participent pleinement à sa réflexion sur la circulation de l'art et sur la possibilité de rendre son univers accessible à un plus large public, tout en conservant l'intensité poétique et expérimentale de son geste.