L'île intérieure
Entrer dans l'atelier de Joan Miró, c'est faire l'expérience d'une présence Miró est partout Le temps n'existe plusPatricia Juncosa, catalogue de l'exposition, 2026
À partir de 1956, Joan Miró s'installe définitivement à Majorque. Ce choix de l'insularité n'est pas un exil, mais un retour aux sources : une quête de liberté, de lumière et de silence. Dans son atelier majorquin, conçu en 1957 par l'architecte catalan Josep Lluís Sert, ainsi que dans la maison de Son Boter, l'artiste trouve enfin l'espace dont il rêvait depuis les années 1930.
Loin des grands centres artistiques, Miró engage une profonde transformation de son œuvre. Entre solitude et introspection, il élabore un nouvel alphabet méditerranéen où le signe devient structure, la couleur surface vibrante et la matière plus épurée, sans perdre sa force expressive. « Ce n'est pas une évolution. C'est une libération », dit-il.
Majorque devient alors un véritable laboratoire de création. La centaine d'œuvres rassemblées au gré du parcours que vous allez découvrir témoigne de ce dialogue constant entre l'artiste et son environnement. Pendant plusieurs années, Miró traverse une période de doute et de remise en question : il délaisse presque la peinture, expérimente d'autres techniques et détruit certaines œuvres anciennes. Ce n'est qu'à la fin de 1959 qu'il revient pleinement à la peinture.
Dans cet espace libéré naissent de grands formats où chaque toile dialogue avec la suivante. Les formes éclatent, les signes flottent, les couleurs gagnent en intensité. Miró y compose l'une des périodes les plus radicales et fécondes de son parcours, poursuivant son travail jusqu'à la fin de sa vie.
Cette exposition met en lumière la mutation intérieure qui s'opère à Majorque. Derrière la poésie des formes et des couleurs affleurent des tensions plus existentielles, nourries par la conscience du temps et de la mort. En 1981, après une donation à la ville de Palma réalisée avec son épouse Pilar Juncosa, les ateliers et un important ensemble d'œuvres deviennent le cœur d'une future fondation pensée par Miró comme un centre d'art vivant, ouvert à toutes les disciplines.