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De Miró a Miró, un artiste au-delà de la peinture
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De Miró a Miró, un artiste au-delà de la peinture

Ce qu'on appelle l'inspiration vient chez moi à l'imprévu, fort souvent provoqué par la chose la plus banale
Joan Miró à Roland Penrose, Palma de Majorque, 22 mars 1969

Avant son installation à Majorque, Joan Miró traverse plusieurs cycles d'expérimentations qui accompagnent les grands bouleversements artistiques du XXe siècle. Des influences fauves et cubistes des années 1910 aux œuvres oniriques et surréalistes des années 1920-1930, puis aux compositions plus « sauvages » et brutales de l'entre-deux-guerres, son parcours témoigne d'un constant refus de l'académisme et de toute évolution linéaire.

Très tôt, Miró élabore un répertoire de motifs récurrents qui structurera durablement son œuvre : la femme, l'animal, le paysage, la terre et le ciel. Ces figures dépassent le simple sujet pour devenir les signes d'un univers en perpétuelle métamorphose. « Pour moi, ce que j'appelle Femme, ce n'est pas la créature femme, c'est un univers », écrit-il. À travers ces formes élémentaires, Miró cherche moins à représenter le réel qu'à révéler des forces poétiques et intérieures.

À partir de 1920, il séjourne régulièrement à Paris avant de s'y installer, partageant sa vie entre la capitale française et la Catalogne. Dans l'atelier du 45 rue Blomet, qu'il occupe avec le sculpteur Pablo Gargallo, il rencontre des artistes déterminants, notamment André Masson en 1922. Celui-ci l'introduit au cercle surréaliste et lui fait découvrir l'œuvre de Paul Klee, tandis qu'il se lie d'amitié avec Vassily Kandinsky. Cet environnement artistique l'affranchit définitivement des codes de la beauté classique et de la virtuosité descriptive.

Lorsque André Breton publie le Manifeste du surréalisme en 1924, Miró participe pleinement à cette effervescence. Soutenu par Breton, Paul Éluard et Louis Aragon, parmi les premiers collectionneurs de son œuvre, il prend part en 1925 à la première exposition de « peinture surréaliste ». S'il partage avec les surréalistes un goût pour le rêve, l'automatisme et les mécanismes de l'inconscient, il s'éloigne toutefois du mouvement dès 1931 pour poursuivre une voie plus personnelle.