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Portraits d'ateliers. Dans l'objectif d'Antoine Schneck

Portraits d'ateliers. Dans l'objectif d'Antoine Schneck

Le portrait, c'est rendre visible ce qui demeure invisible.
Antoine Schneck

Dans le sillage de l’exposition Joan Miró. Majorque, l’atelier des rêves, le musée d’art
Hyacinthe Rigaud prolonge sa réflexion sur les lieux de création en présentant douze
photographies d’Antoine Schneck (1963, Suresnes) consacrées aux ateliers d’artistes
d’aujourd’hui.

 

Portraits multiples

Photographe plasticien français, formé à l’école de cinéma Louis Lumière, Antoine Schneck se consacre pleinement à la photographie dès l’âge de 30 ans. Son sujet de prédilection est le portrait sur fond noir, réalisé grâce à un dispositif singulier : une tente de tissu blanc dans laquelle le modèle se retrouve seul, isolé de tout contexte, permettant au photographe de saisir le visage de la manière la plus directe, dépouillé de tout artifice. Cette approche trouve une évolution naturelle dans sa série des ateliers d’artistes qu’il amorce en octobre 2016.
 

Publiée aux éditions Courtes et Longues sous la direction d’Antoine Schneck et de Guy Boyer, cette série des 100 ateliers d’artistes d’aujourd’hui invite le regardeur à pénétrer un espace souvent invisible pour le public : l’atelier, lieu intime où se construit l’œuvre. Loin d’en faire un simple décor, le photographe en fait un sujet à part entière, révélant l’étroite relation entre l’artiste et son espace de travail, marqué par ses gestes, ses outils et ses habitudes. Chaque image est à la fois portrait d’atelier et portrait d’artiste : par ce qu’il appelle des « portraits multiples », Antoine Schneck brouille volontairement les frontières entre l’individu et son espace de création, donnant à voir l’atelier comme une extension de l’artiste lui-même, espace de vie autant que de production.
 

Fidèle à son procédé habituel, Antoine Schneck multiplie les prises de vue et les recompose numériquement pour gommer les zones de flou inhérentes à toute photographie. Là où l’objectif impose un point de focus unique, la vision humaine embrasse la réalité dans sa totalité — c’est cette perception naturelle qu’Antoine Schneck cherche à restituer. Avec la série des ateliers, il prolonge et amplifie ce procédé : il ne s’agit plus seulement de portraits de visages sur fond noir, mais de portraits en pied où l’intégralité du corps de l’artiste se découpe dans son environnement. La recomposition numérique s’étend alors à l’espace lui-même, rendant chaque outil, chaque surface, chaque recoin parfaitement lisibles. La variation des angles de prise de vue, intégrée dans une même image, offre de surcroît plusieurs points de fuite simultanés, comme si l’espace se déployait sous différentes perspectives simultanées.
L’atelier se donne alors à voir dans toute sa réalité.

Antoine Schneck est représenté par la galerie Berthet-Aittouarès, Paris.

Photo : Antoine Schneck, Pierre Soulages dans son atelier de Sète, mai 2019, photographie. © Antoine Schneck, ADAGP 2026

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